Manger vegan fait-il maigrir ?

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Quand il s’agit de perdre 3 (ou 5) kilos avant l’été, les modes succèdent aux mythes. Le pamplemousse et l’hyperprotéiné ont fait long feu. Voici venir l’alimentation vegane comme moyen de perdre du poids. Vraiment ?

Alors qu’il s’agit à l’origine d’un choix de vie allant bien au-delà de la nourriture, le véganisme figure désormais parmi les méthodes utilisées pour maigrir. Il est présent systématiquement depuis environ trois printemps dans les rubriques dédiées de la presse féminine et people, toujours en quête du régime ultime. Il se dit que Beyoncé, Natalie Portman ou Al Gore seraient « vegans ». Excluant toute nourriture animale, à la différence des végétariens, pour se concentrer sur les végétaux et les bactéries (bifidus, probiotiques, levures), les adeptes du végétalisme refusent par principe toute exploitation des animaux. L’anglicisme « vegan » entré dans le dictionnaire en 2015 signifie d’ailleurs que l’on ne porte pas de cuir, que l’on n’utilise ni cosmétique ni produit d’hygiène provenant des animaux ou testés sur eux. La question de la santé des végétaliens a toujours été sur la table. Il y a 5 ans, le végétarisme était vu comme dangereux par une majorité (55 %) de Français… Ne parlons même pas du végétalisme ! Cette réticence est en train de se résorber. Blogs et réseaux sociaux ont donné une voix audible aux végétaliens, via une multitude de sites de cuisine notamment. Et les témoignages d’omnivores convertis se sont multipliés avec ce constat souvent répété: « Depuis que je suis vegan, j’ai perdu 7 (ou 3 ou 15) kilos ! ». Il n’en fallait pas plus pour que ce régime alimentaire devienne une diète.

Ces récits individuels ont-ils une portée générale ?

Diverses études se sont penchées sur la santé des végétariens et des végétaliens. Il est de plus en plus clairement établi que l’on peut parfaitement être vegan et en bonne santé, à condition de varier beaucoup son alimentation et d’accepter de prendre certains compléments alimentaires. Contrairement à une idée longtemps reçue, le risque de carences en protéines ou en calcium est minime car l’association des céréales et des légumineuses et la consommation d’algues permet de couvrir les besoins, somme toute modestes, du corps. En revanche, la vitamine B12, indispensable au métabolisme humain, ne se trouve que dans des produits d’origine animale et les végétaliens ont intérêt à en absorber via des compléments alimentaires. D’autres supplémentations peuvent être nécessaires au cas par cas (fer, vitamine D, omégas 3). Ce régime reste sujet à caution pour certaines catégories de personnes: enfants et adolescents, femmes enceintes… A ces réserves près, la population végétalienne n’a pas de problème de santé particulier et elle est, comme les végétariens, moins exposée à certaines pathologies: diabète, cancer colorectal voire certaines maladies cardiovasculaires, mais ce dernier point est contesté. Dans le cadre d’un régime hypocalorique, l’alimentation 100 % végétale serait la plus efficace pour maigrir. Ces résultats sont à prendre avec des pincettes car l’étude en question n’a porté que sur un laps de temps limité. Or les régimes, ça marche toujours au début… Et statistiquement jamais à long terme ! D’où la mise en garde des autorités de santé publique concernant toutes les méthodes d’amaigrissement.

Mais pourquoi devenir vegan ferait-il maigrir ?

L’amincissement, c’est -hors pathologie- une bête question de comptabilité: les entrées caloriques doivent être inférieures aux dépenses. La nature des calories (sucre, protéine, acides gras) a assez peu d’importance dans l’équation. Adopter le véganisme implique la suppression de toutes les graisses animales. Les substituts de type steacks ou « yaourts » de soja et laits végétaux sont moins caloriques que les produits carnés ou laitiers… Adopter une alimentation végane peut donc assez logiquement induire une perte de poids. Il est aussi connu que le fait de s’intéresser à son alimentation, de chercher à manger plus sain, sont des facteurs de réduction du bol alimentaire quotidien: on fait plus attention aux quantités, on choisit des aliments ou des recettes gustativement plus satisfaisantes, qui rassasient mieux. Il peut enfin y avoir un effet de lassitude, au départ. Les possibilités de menus vegans sont immenses, mais il faut du temps pour apprendre à connaître l’infinie diversité des céréales et légumes méconnus du grand public et peu présents dans la grande distribution. Durant cette phase, on peut manger moins car on goûte des saveurs inhabituelles ou que l’on se fatigue du trio quinoa, soja, épeautre.

A plus long terme… Il n’y a aucune preuve que le végétalisme permette de perdre du poids durablement ou de rester mince, en dehors du fait que ses adeptes sont généralement des personnes très soucieuses de leur équilibre alimentaire. Rien n’empêche en théorie de manger trop ou trop gras, à base d’excellentes huiles végétales bios, de délicieux beurre de sésame ou de gâteau à la crème de marrons d’Ardèche. Devenir vegan fait souvent maigrir. Être vegan, c’est moins sûr !