Dossier: le numérique à l’école, nouveaux médias et nouvelles pédagogies

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En 10 ans, l’équipement informatique dans les établissements publics a doublé. La tablette est sans conteste l’outil numérique le plus en vogue actuellement. Cette évolution s’accompagne d’innovations dans les méthodes d’apprentissage et d’évaluation.

De la maternelle au lycée, le nombre d’ordinateurs, portables et tablettes, mais aussi de vidéoprojecteurs et tableaux interactifs, a beaucoup augmenté au cours de la dernière décennie, avec une accélération ces dernières années. A la rentrée 2016, ¼ des collèges publics étaient équipés, avec en ligne de mire l’objectif d’un équipement mobile par élève à la rentrée 2018. Parallèlement, dans 9 établissements sur 10, plus de la moitié des classes disposent d’un accès internet. Du point de vue des plateformes et contenus, on assiste aussi à une explosion : environnements numériques de travail, applis ludo-éducatives, moocs, e-learning… L’entrée des outils digitaux dans l’école est donc bel et bien devenue une réalité. Digital natives ou non, nombre d’enseignants ont développé de nouvelles formes de transmission, en optimisant des pratiques préexistantes ou en innovant.

Plus vivant

Quel intérêt de lire Molière sur écran plutôt que sur papier ? L’intégration des supports multimédia, bien sûr : le cours d’art dramatique inclut une lecture à écouter, un extrait filmé à regarder, un QCM en auto-correction… L’exemple du cours de langue est encore plus parlant : l’élève entend la prononciation, s’enregistre et se réécoute pour progresser. La dimension interactive de la leçon saute aux yeux (et aux oreilles). Au-delà de l’attrait ludique d’une tablette, ressenti par une majorité d’enfants et d’ados, leur usage permet de rendre l’enseignement plus varié et de sortir de la passivité induite par un cours magistral. Cette « ludification » des apprentissages s’applique dans toutes les matières : jeux de maths et de logique, possibilité de faire tourner, avec un doigt sur écran tactile, une figure de géométrie en 3D…

Plus autonome

Apprendre en faisant n’est pas une invention du XXIe siècle. En revanche, les outils digitaux permettent de multiplier les occasions de « faire faire » aux élèves. Avec une tablette ou un ordinateur connecté, des enseignants mettent en place la classe (ou pédagogie) inversée : les élèves vont eux-mêmes chercher les connaissances, sur internet ou via un espace numérique de travail dans lequel le professeur a téléchargé les éléments utiles. Les élèves construisent alors le cours, en confrontant les données, événements, cartes, tableaux qu’ils ont trouvés. Le rôle du professeur change alors, il n’assène plus les connaissances, il aide ses élèves à hiérarchiser les sources et mettre en ordre leurs idées. Dès le primaire, les élèves peuvent créer leur propre leçon sur la Révolution française ou cartographier les espaces urbains bâtir un exposé à partir de textes, frises, images, schémas et les présenter de façon attractive –voire les partager- via des applis aussi simples qu’Evernote. Professeurs et élèves peuvent aussi inventer ensemble un mooc de révision. S’approprier, scénariser, co-construire ses connaissances : dans les classes, on réinvente le dicton « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » !

Plus collaboratif

Les écrans sont souvent accusés d’être facteur d’isolement des enfants, plongés dans un univers aussi lumineux que virtuel… Mais tout est question d’usage ! En projetant au tableau des supports de cours numériques, en les complétant, les enrichissant à partir des suggestions du groupe classe, en direct, on sort du cliché de l’élève interrogé au tableau noir devant ses camarades goguenards ou compatissants. Les élèves sont encouragés à mettre en commun leurs idées et leurs savoirs, à se remettre en question et à progresser ensemble. Là encore les traductions concrètes sont légion : faire ensemble un compte-rendu d’expérience en SVT ou en chimie, incluant des photos les photos prises par l’un, la vidéo enregistrée par un autre, se filmer mutuellement pour corriger ses positions en gymnastique

Plus différencié et plus inclusif

L’arrivée des outils digitaux à l’école c’est aussi –et peut-être surtout- la possibilité pour tous les élèves de travailler à leur rythme : celui qui a des difficultés en lecture ou est malvoyant pourra écouter (et réécouter) un texte lu, celui qui souffre d’un handicap moteur pourra « écrire » plus facilement sur un clavier qu’avec un stylo… Beaucoup d’enseignants qui utilisent les ressources du numérique au quotidien ont aussi noté que cela valorise certains élèves en difficulté parce qu’ils sont plus à l’aise que leurs camarades têtes de classe avec les appareils, plus véloces dans l’appropriation des applis.

Et la réussite ?

Les études menées jusqu’à présent concluent que le digital ne fait pas de miracle. En effet, toutes les difficultés techniques (accès à internet avec un débit suffisant, possibilité de connecter les appareils entre eux, disposer des licences et applis adaptés) ne sont pas levées partout et l’utilisation de tablettes en classe demande encore un investissement substantiel des enseignants, en temps et en énergie. Mais les ressources pédagogiques de qualité se multiplient, élaborées par des profs précurseurs convaincus que le numérique à l’école est une piste… A suivre !