Dossier: Le big data dessine les cités de demain

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Des déplacements, des services publics, des consommations énergétiques plus fluides et plus économes. C’est la promesse du big data, ces milliers de données aujourd’hui à notre portée et qui permettront peut-être bientôt d’harmoniser nos modes de vie collectifs et individuels.

Une ville fluide, dans laquelle la fréquence des bus augmente automatiquement quand une averse s’annonce et le chauffage collectif des bâtiments se baisse à la minute quand il n’y a personne sur place, grâce aux compteurs électriques intelligents. Une ville où chacun peut savoir en temps réel combien de temps il devra attendre pour trouver une place de stationnement ou à quelle heure il vaut mieux arroser son jardin pour ne pas sur-solliciter les réseaux… Ce sont, entre autres, les espoirs portés par les « smart cities », villes intelligentes, qui utilisent la multitude de données déjà disponibles pour améliorer les politiques municipales.

Données complexifiées, quotidien simplifié

L’explosion du nombre de données produites couplée à l’amélioration des capacités de traitement informatique des signaux autorise le développement de services et d’applications nouvelles. Sur le papier, c’est simple à concevoir : les sociétés de transports, de collecte des déchets, les fournisseurs d’énergie, d’eau, les opérateurs qui mesurent la pollution, les institutions publiques etc. génèrent chaque jour des millions de données chiffrées. Stockées dans le cloud, elles peuvent être croisées, analysées pour orienter les comportements ou faire des économies via des objets connectés. Les applications concrètes, en matière de mobilité, par exemple, sont légion : on organise son trajet en fonction du temps d’attente du bus, du métro ou du tram, de la disponibilité des vélos en libre-service, en « géovisualisant » ces informations sur son smartphone. Depuis peu, des municipalités vont plus loin : à Rennes, les feux favorisent la circulation des bus géolocalisés, d’autres villes expérimentent des systèmes de stationnement, dans lequels les automobilistes connaissent le temps d’attente pour trouver une place sur un pâté de maison… Ou bénéficier d’un emplacement de parking partagé. Start ups, chercheurs et décideurs imaginent une ville entièrement inter-connectée dans laquelle l’allocation des ressources, la gestion des flux énergétiques et leur ajustement aux résultats quotidiens de la pollution atmosphérique ou de la météorologie pourrait se faire instantanément.

Big data : aiguilles et meules de foin

Nombre de collectivités publiques se sont lancées dans l’aventure et pour cause : si, pour les entreprises, les données sont un minerai monnayable, pour la puissance publique, elles constituent une opportunité d’améliorer la vie des citadins et de faire des économies. La difficulté est que pour transformer ces données brutes en pépites, il faut les traiter et les exploiter rationnellement. Or, si les grandes municipalités ont adopté l’open data -c’est-à-dire l’accès ouvert aux données qu’elles collectent aux fins de réutilisation par les acteurs publics et privés- elles ont parfois manqué de méthode, aboutissant à la création de « silos de données » cloisonnés. Pour passer à l’étape d’une ville vraiment smart, il faut maintenant supprimer ces doublons et créer des hyperviseurs (comme un superviseur, mais en zettatoctets). En outre, comme pour tout mouvement de digitalisation, se posent des questions de sécurité informatique et d’éthique. Une chose est de chercher à prévoir les déplacements des automobilistes ou les besoins énergétiques, une autre est de vouloir prédire les délits pour les empêcher, comme se propose de le faire Predpol depuis 2011 aux Etats-Unis.

Quelques chiffres clés

  • Plus d’1 humain sur 2 vit en ville
  • 6,4 milliards d’objets connectés produisent et utilisent des données
  • La quantité de datas double tous les 2 ans
  • 78 collectivités territoriales françaises se sont lancées dans l’open data

Une ville plus verte avec le big data ?

L’une des promesses de la smart city est d’être non seulement plus pratique pour ses habitants, mais aussi plus agréable à vivre. Les premières expérimentations montrent déjà que le big data permet de fluidifier les circulations pour faire baisser la pollution. Tout autant, le croisement de données permet d’optimiser les services de la propreté : mutualisation des encombrants, parcours des éboueurs… L’installation de capteurs numériques sur les systèmes de chauffage et d’électricité des bâtiments publics ou d’habitat collectif commencent à produire leurs effets pour réduire et lisser la consommation énergétique. Mais tout cela serait plutôt froid, si le big data n’ouvrait pas aussi la possibilité d’une meilleure communication entre les collectivités publiques et les citoyens, et entre les habitants. La conception d’un éco-quartier à Saint-Ouen se fait, par exemple, avec les citoyens (programme Num-Docks) : la modélisation 3D d’une carte collaborative permet à la fois l’information des riverains et le développement d’une intelligence collective. Les projets de ce type brossent le tableau idéal de ce qu’apporte le big data aux municipalités : une ville vivante, traversée d’énergies humaines, de mobilité, de flux de matières et de données, qui avancent ensemble pour le bien-être des citadins. Une belle image encore à dessiner !